
Il y a des maisons dans lesquelles on entre et on respire. Et d’autres dans lesquelles on sent, dès la porte franchie, une sorte de pression diffuse. Comme si les objets prenaient toute la place — y compris mentale.
Si vous avez déjà eu envie de faire le grand tri mais que vous ne savez pas par où commencer, cet article est pour vous. On commence par les bases — qu’est-ce que désencombrer, pourquoi le faire — et on passe en revue les principales méthodes pour que vous trouviez celle qui vous ressemble.
Désencombrer : de quoi parle-t-on exactement ?
Désencombrer, c’est réduire la quantité d’objets présents dans son logement en se séparant de ce qui ne sert plus, n’est plus aimé, ou n’a plus sa place dans sa vie. Ce n’est pas ranger — même si les deux vont souvent de pair. La nuance est importante : on peut très bien avoir une maison rangée en apparence, et pourtant complètement surchargée. Le rangement remet de l’ordre dans ce qu’on garde. Le désencombrement réduit ce qu’on garde.
Dit autrement : on range après avoir désencombré, pas à la place.
Le désencombrement touche tout ce qui entre dans un logement : vêtements, livres, papiers, objets de décoration, ustensiles de cuisine, souvenirs, cadeaux reçus qu’on n’utilise pas, objets conservés « au cas où »… La liste est souvent plus longue qu’on ne le pense.
Pourquoi désencombrer ?
Les raisons de se lancer sont multiples, et chacune est valable.
Pour gagner du temps. Moins d’objets, c’est moins de choses à ranger, à chercher, à entretenir, à déplacer. Un espace désencombré se nettoie plus vite et se maintient plus facilement.
Pour réduire la charge mentale. Le désordre visuel génère une tension cognitive diffuse : le cerveau enregistre chaque surface encombrée, chaque tâche en attente, chaque objet déplacé. Sans qu’on s’en rende toujours compte, ça fatigue. Désencombrer, c’est aussi alléger la tête. (À ce sujet, l’article sur la charge mentale vous en dira plus.)
Pour se sentir mieux chez soi. Un espace épuré, dans lequel chaque objet a sa place et sa raison d’être, contribue directement au sentiment de sécurité et de bien-être à la maison. (On en parle dans l’article Chez soi, en sécurité.)
Pour faire de la place — au sens propre comme au sens figuré. Beaucoup de personnes témoignent qu’après un désencombrement sérieux, elles se sentent plus légères, plus libres, plus disponibles pour ce qui compte vraiment.
Pour consommer différemment. Prendre conscience de ce qu’on accumule invite naturellement à acheter de manière plus réfléchie — et à ne plus faire entrer chez soi des objets dont on n’a pas réellement besoin.
Avant de se lancer : quelques règles de base
1. Désencombrer avant de ranger. C’est l’erreur la plus courante : acheter de nouveaux rangements, de nouvelles boîtes, de nouveaux paniers — avant d’avoir réduit la quantité d’objets. Ces solutions peuvent être utiles à la fin du processus, mais elles ne remplacent pas le tri. Organiser un excès d’objets ne résout rien : ça déplace le problème dans des contenants plus jolis. 😄
2. Sortir les objets triés sans attendre. Un objet décidé « à donner » qui reste dans l’entrée pendant trois semaines, c’est un objet qui n’est pas vraiment parti. La sortie physique de l’objet fait partie intégrante du désencombrement.
3. L’astuce de la boîte de quarantaine. Vous hésitez sur un objet — vous ne voulez pas le jeter mais vous ne savez pas si vous en avez vraiment besoin ? Mettez-le dans une boîte fermée, notez la date dessus, et rangez-la. Si dans 3 à 6 mois vous n’avez jamais eu besoin d’y plonger la main, la réponse est claire : cet objet peut partir sans regret. Si en revanche vous l’avez sorti entre-temps, il mérite de rester. Simple, efficace, et zéro culpabilité. 😊
Les principales méthodes
Il n’existe pas une seule bonne façon de désencombrer. Voici un tour d’horizon des méthodes les plus connues, avec leurs avantages et leurs limites — pour que vous choisissiez celle qui vous convient.
1. La méthode KonMari — Marie Kondo
La plus célèbre, sans doute. Développée par la Japonaise Marie Kondo et détaillée dans son livre La magie du rangement (plus de 8 millions d’exemplaires vendus dans le monde), la méthode KonMari repose sur un principe central : ne garder que ce qui « suscite de la joie » (spark joy en anglais).
Concrètement, on trie par catégorie plutôt que par pièce, dans un ordre précis : vêtements, livres, papiers, divers (komono), objets sentimentaux. Pour chaque objet, on le prend en main et on se demande s’il procure encore un sentiment de joie. Si la réponse est non, on le remercie pour les services rendus — et on s’en sépare.
Ce qu’on aime : l’approche émotionnelle et positive (on se concentre sur ce qu’on veut garder, pas sur ce dont on veut se débarrasser), le fait de trier par catégorie qui permet de prendre conscience du volume total.
Les limites : difficile d’appliquer le critère « joie » à une spatule ou à des documents administratifs. Et la méthode demande un engagement important en une seule fois — pas idéal pour tout le monde.
2. Le Döstädning — le désencombrement suédois de la mort
Le nom fait sourire — ou frémir, selon les tempéraments. 😄 Döstädning vient du suédois dö (mort) et städning (nettoyage). Cette pratique traditionnelle suédoise a été popularisée dans le monde entier par Margareta Magnusson, artiste suédoise, dans son livre The Gentle Art of Swedish Death Cleaning (2017), traduit dans plus de 30 pays. Margareta Magnusson est décédée en mars 2026 à l’âge de 92 ans, après avoir appliqué sa propre méthode jusqu’au bout — elle n’a pas laissé de montagne d’affaires à trier derrière elle.
Le principe : désencombrer de son vivant pour ne pas laisser ce fardeau à ses proches. Ce n’est pas une méthode morbide — c’est au contraire une invitation à vivre plus simplement, à ne garder que ce qui compte vraiment, et à offrir les choses pendant qu’on peut encore en voir la joie chez l’autre.
Ce qu’on aime : la sagesse et l’humour scandinave qui accompagnent la démarche, l’invitation à réfléchir à ce qui a vraiment de la valeur dans une vie, la dimension altruiste (ne pas laisser de travail aux proches).
Les limites : l’angle existentiel peut sembler intimidant pour quelqu’un qui veut juste désencombrer son placard de cuisine. 😄 À réserver peut-être pour une réflexion plus profonde sur ses possessions.
3. La règle des 20/20
Créée par Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, les fondateurs du blog et mouvement The Minimalists, cette règle s’applique aux objets qu’on garde « au cas où » — ces fameux objets dont on ne se sert jamais mais qu’on ne veut pas jeter « parce qu’on pourrait en avoir besoin un jour ».
Le principe est simple : si vous pouvez remplacer l’objet pour moins de 20 euros en moins de 20 minutes, vous pouvez vous en séparer sans crainte. Le risque de regretter vraiment est minime — et l’espace mental et physique libéré en vaut largement la peine.
Ce qu’on aime : la simplicité et le côté très concret. Cette règle débloque des dizaines de situations où l’on hésite sans raison valable.
Les limites : elle ne s’applique pas à tout. Les objets sentimentaux, les articles de qualité, ou les choses vraiment difficiles à remplacer méritent une réflexion différente. Et dans une logique zéro déchet, il vaut mieux s’assurer qu’on pourrait vraiment avoir besoin de l’objet avant de le supprimer pour le racheter ensuite. 😉
4. Le défi 30 jours (Minsgame)
Inventé lui aussi par Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus de The Minimalists en 2010, ce défi transforme le désencombrement en jeu progressif : le 1er du mois, on retire 1 objet. Le 2, on en retire 2. Le 3, 3. Et ainsi de suite jusqu’à la fin du mois.
Au total, en 30 jours, on se sépare de 465 objets. Le défi peut se faire seul ou à plusieurs — l’aspect ludique et la progression graduelle motivent à tenir le rythme. L’objectif n’est pas de jeter mais de donner, vendre ou recycler autant que possible.
Ce qu’on aime : la progressivité douce au début, le côté défi qui motive, le fait qu’on peut s’y mettre sans se sentir submergée.
Les limites : le rythme devient soutenu vers la fin du mois (30 objets en un seul jour, ça demande de l’énergie). Et si on est déjà bien avancée dans le désencombrement, trouver 465 nouveaux objets peut s’avérer difficile. 😄
5. La méthode des 4 boîtes
C’est sans doute la plus accessible de toutes — pas de philosophie compliquée, pas de système particulier. On prend quatre boîtes (ou sacs, ou cartons) qu’on étiquette ainsi :
- À garder — objets utiles, aimés, nécessaires
- À donner ou vendre — en bon état, mais plus utile pour soi
- À jeter — abîmé, cassé, inutilisable
- À ranger ailleurs — sa place n’est pas ici
On prend chaque objet et on décide immédiatement dans quelle boîte il va. On travaille zone par zone — un tiroir, une étagère, un placard — en sessions courtes de 30 à 45 minutes. Une fois les boîtes remplies, on les évacue rapidement.
Ce qu’on aime : la simplicité absolue, le fait qu’elle peut se faire à tout moment et à n’importe quel rythme, sans engagement particulier. C’est une excellente méthode pour commencer si on ne sait pas par où attaquer.
Les limites : elle ne résout pas la question du pourquoi — si on ne réfléchit pas à ce qui a généré l’accumulation, le désordre risque de revenir.
6. La méthode FlyLady
Créée dans les années 1990 par l’Américaine Marla Cilley — surnommée FlyLady — cette méthode est la plus douce et la plus progressive de toutes. Son principe de base : « Votre maison ne s’est pas encombrée en un jour. Elle ne va pas se désencombrer en un jour non plus. »
Plutôt que de préconiser un grand tri radical, FlyLady propose d’intégrer le désencombrement et le rangement dans la routine quotidienne, par petits pas (baby steps) et sessions courtes de 15 minutes. La maison est divisée en 5 zones — entrée, cuisine, salle de bain, chambre, salon — et chaque semaine est consacrée à l’une d’elles. On y consacre 15 minutes par jour, pas plus.
Sa technique signature pour le désencombrement s’appelle le 27 Fling Boogie : on attrape un sac et on court dans la maison à la recherche de 27 objets à jeter, aussi vite que possible, sans réfléchir. Puis on recommence avec 27 objets à donner. L’idée : agir vite pour ne pas laisser le temps à l’hésitation de s’installer. Autre principe intéressant : chaque nouvel objet qui entre doit en faire sortir un autre.
La méthode inclut aussi un rituel incontournable : faire briller son évier chaque soir. Ça peut sembler anecdotique — et pourtant, commencer la journée avec une cuisine propre change vraiment l’état d’esprit. 😊
Ce qu’on aime : l’approche sans pression, sans culpabilité, adaptée aux personnes très occupées ou qui se sentent dépassées. 15 minutes par jour, c’est accessible à tout le monde.
Les limites : la méthode est pensée pour les maisons américaines (souvent plus grandes) et son vocabulaire très spécifique peut dérouter. Elle convient mieux à l’entretien régulier qu’à un désencombrement profond initial — si vous avez des années d’accumulation à traiter, il vaudra mieux commencer par une autre méthode, puis utiliser FlyLady pour maintenir l’ordre.
Quelle méthode choisir ?
Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Cela dépend de votre personnalité, de votre rythme, et de ce qui vous bloque.
- Vous avez besoin d’une vision et d’une philosophie pour vous motiver ? → KonMari ou Döstädning
- Vous êtes bloquée sur des objets qu’on garde « au cas où » ? → La règle des 20/20
- Vous aimez les défis et la progression ? → Le défi 30 jours
- Vous voulez quelque chose de simple et de flexible, sans prise de tête ? → Les 4 boîtes
- Vous préférez avancer doucement, à votre rythme, sans tout chambouler d’un coup ? → FlyLady
Et si aucune méthode ne vous convient parfaitement ? Combinez-les. L’important n’est pas de suivre une méthode à la lettre, mais de commencer — et d’avancer à votre rythme.
Désencombrer n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de créer un espace dans lequel vous vous sentez vraiment bien — plus léger, plus clair, plus à vous. Et si vous ne savez pas par où commencer, une chose à la fois : un tiroir, une étagère, une boîte. C’est toujours mieux que rien. 😊
(Et si vous avez besoin d’être accompagnée dans cette démarche, c’est exactement ce que je propose dans mes accompagnements.)
